• Retrouvez toute notre actualité • Suivez nos ateliers et nos nouveautés sur Instagram @lemondedelaole.livres • Retrouvez toute notre actualité • Suivez nos ateliers et nos nouveautés sur Instagram @lemondedelaole.livres

Comment créer du lien entre enfants différents ?

Un enfant qui regarde les autres de loin, ça vous dit quelque chose ?

Il y a une scène qui se répète dans beaucoup de cours de récréation. Un enfant reste dans son coin. Il observe les autres de loin. Pas parce qu’il ne veut pas jouer. Mais parce qu’il ne sait pas comment s’approcher, et les autres ne savent pas non plus comment aller vers lui.

Cet enfant, c’est peut-être Cerise, avec sa trisomie et son grand sourire. Ou Archibald, avec son corps rond et son sac à dos plein de secrets. Ou n’importe quel enfant qui se sent différent des autres, pour une raison ou pour une autre.

La bonne nouvelle ? Le lien entre enfants différents ne se décrète pas. Il se construit. Et les adultes (parents, enseignants, éducateurs ) ont un rôle clé à jouer. Pas en forçant les choses. Mais en créant les conditions pour que la rencontre se fasse naturellement.

Il y a quelques semaines, une maman m’a écrit un message qui résume tout. Sa fille de 6 ans venait d’écouter l’histoire de Cerise, la dompteuse de défis. Elle s’est tournée vers sa maman et lui a dit, tout simplement :

D’abord, un chiffre qui fait réfléchir

Aujourd’hui en France, plus de 470 000 enfants en situation de handicap sont scolarisés dans des classes ordinaires. C’est trois fois plus qu’il y a vingt ans, selon le rapport de la Cour des comptes de 2024.

Et pourtant. Être dans la même classe, ce n’est pas encore être amis. Ce n’est pas encore se choisir à la récré. Ce n’est pas encore se donner la main pour aller à la cantine.

L’inclusion scolaire, c’est un premier pas. Mais le lien vrai, celui qui dure, celui qui compte, ça se construit. Et ça commence souvent à la maison, avec nous, les adultes.

Ce qui bloque vraiment (et ce n’est pas ce qu’on croit)

On pense souvent que les enfants ont peur de la différence. Qu’ils rejettent ce qu’ils ne comprennent pas.

En réalité, ce n’est pas la différence qui bloque. C’est le silence autour de la différence.

Un enfant qui voit un camarade se déplacer différemment, parler différemment, réagir différemment, il est curieux. Naturellement. Profondément curieux. Mais si personne ne lui a jamais mis des mots sur ce qu’il voit, cette curiosité tourne mal. Elle devient gêne. Évitement. Ou pire, moquerie. Pas par méchanceté, mais par maladresse.

La solution ? Parler. Avant. Simplement.

Les mots simples qui changent tout

Pas besoin d’un grand exposé. Pas besoin de tout expliquer d’un coup. Juste quelques phrases, dites avec calme, à hauteur d’enfant.

Pour expliquer la trisomie :

Ce n’est pas la différence qui bloque. C’est le silence autour de la différence. La solution ? Parler. Avant. Simplement. Juste quelques phrases, dites avec calme, à hauteur d’enfant.

« Tu sais, dans le corps de tout le monde, il y a des petites choses qu’on appelle des chromosomes. La plupart des gens en ont 46. Cerise, elle en a 47. Elle a juste un petit truc en plus. Ça veut dire qu’elle apprend un peu plus lentement que toi. Mais elle ressent les mêmes choses : la joie, la tristesse, l’amour, la fierté. Exactement comme toi. »

Pour expliquer pourquoi un enfant ne répond pas tout de suite :

« Certains enfants ont besoin de plus de temps pour se sentir à l’aise. Ce n’est pas qu’ils n’aiment pas jouer avec toi. C’est juste qu’ils ont besoin d’un peu plus de temps pour te connaître. Comme quand toi tu arrives dans un endroit nouveau. »

Pour encourager à aller vers l’autre :

« Tu n’as pas besoin de trouver les mots parfaits. Tu peux juste t’asseoir à côté de lui. Lui sourire. Lui tendre un jouet. C’est ça, être un bon ami. »

Ces phrases-là, elles font quelque chose. Elles ouvrent une porte. Et souvent, les enfants font le reste tout seuls.

Ce que Matt Pokora a compris en 15 jours

Avant de partir, Matt Pokora ne connaissait presque rien au handicap. Il y est allé parce qu’il avait envie de s’élever humainement, d’apprendre, de se tourner vers les autres, de voir le monde différemment.

Ce qu’il a découvert ? Que ces moments de vie spontanés montrent qu’on peut être ami avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes aptitudes que soi. Et même construire des relations très profondes.

Nos enfants peuvent faire pareil. À leur échelle. Dans leur cour de récré.

Le jeu qui change les règles

Il y a une erreur qu’on fait souvent, avec les meilleures intentions du monde : on essaie d’intégrer l’enfant différent dans les jeux des autres.

Mais on oublie de se poser la vraie question : dans quel jeu cet enfant peut-il être le meilleur ?

Archi, le personnage rond et curieux du monde de Laølë, n’est peut-être pas le plus rapide à la course. Mais dès qu’il s’agit d’observer les insectes dans le jardin, de reconnaître une coccinelle jaune ou de nommer un bourdon. Là, il est imbattable. C’est lui l’expert. C’est lui qu’on écoute.

Cerise, elle, connaît tous les cris des animaux de la ferme. Sans exception. Montrez-lui une image de vache, de mouton, de canard et elle répond aussitôt, avec fierté et avec joie.

Cherchez dans quoi l’enfant différent excelle. Créez des situations où il peut montrer ce talent. Les autres enfants le verront différemment. Et lui, il se sentira quelqu’un. Vraiment.

L’amitié ne se force pas. Elle se prépare.

Éléonore Laloux est française, elle est porteuse de trisomie 21. Elle est conseillère municipale à Arras. Elle a écrit un livre, Triso et alors !, et elle milite depuis des années pour que les personnes comme elle soient vues pour ce qu’elles sont : des personnes, tout simplement !

Ce qu’elle répète souvent dans ses interventions résonne profondément : les enfants qui grandissent avec un camarade différent ne font pas que l’aider. Ils grandissent, eux aussi. Ils apprennent l’écoute, la patience, l’empathie. Des choses que peu d’apprentissages scolaires peuvent vraiment enseigner.

Ce n’est pas l’enfant différent qui a besoin d’être intégré. C’est le groupe entier qui a besoin de cette rencontre.

Dessin d'enfants noirs et blanc qui se tiennent la main. Il y a un petite fille noir en fauteuil roulant . inclusion et amitié entre enfants différents

Et nous, les adultes, dans tout ça ?

Les enfants ne font pas ce qu’on leur dit. Ils font ce qu’ils voient.

Si on détourne le regard face à la différence, ils détournent le regard. Si on chuchote, ils sentent qu’il y a quelque chose de honteux ou d’effrayant. Si on fait semblant de ne pas voir, ils font pareil.

Mais si on va naturellement vers l’enfant différent , si on lui sourit, si on lui parle, si on s’intéresse à lui avec sincérité, nos enfants enregistrent. Et ils font pareil.

Ce n’est pas grand-chose. Juste un sourire. Une question simple. Un geste naturel. Mais pour un enfant qui observe, c’est un cours entier sur comment être humain.

Ce que Cerise et Archi m’ont appris

J’ai créé le monde de Laølë parce que je cherchais des histoires où tous les enfants pourraient se reconnaître. Pas des livres sur le handicap. Pas des documentaires déguisés en contes. Des histoires vivantes, drôles, touchantes avec des personnages qui ont des défauts, des rêves, des bêtises et des superpouvoirs.

Cerise veut être pompier. Elle déteste qu’on touche ses cheveux. Elle a un amoureux à l’école et un chien qui s’appelle Poppy.

Archi crie « Saperlipopopooo ! » quand il est content. Il libère des fourmis dans le salon pour une expérience scientifique. Il chante des berceuses à son petit frère.

Ce sont des enfants avec qui on a envie d’être ami. Pas par effort. Par choix. Parce qu’ils sont attachants, imparfaits et magnifiques, exactement comme tous les enfants.

Et quand un enfant les écoute, quelque chose se passe. Une porte s’ouvre. Un regard change.

C’est ça, l’inclusion vraie. Pas une case cochée dans un programme scolaire. Un lien qui se tisse, doucement, entre deux enfants qui apprennent à se voir.

🎧 Faites rencontrer Cerise et Archi à votre enfant. Deux livres audio à partir de 4 ans, pour apprendre à aimer ce qui est différent , naturellement, joyeusement, sans sermon.

Sources :

  • Rapport de la Cour des comptes, « L’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap », septembre 2024
  • Série documentaire « Sur la route avec Matt Pokora », Gulli, février 2026
  • Éléonore Laloux, « Triso et alors ! », Max Milo Éditions, 2014

© Le Monde de Laølë — 2026